Jugement

Journal intime d'une victime d'inceste

 

J-16.

J’en reviens. J’ai bien fait d’y aller. Vraiment.

J’ai stressé toute la journée de me rendre à cette réunion où je me suis dit jusqu’au bout que je pouvais ne pas y aller si je ne voulais plus. Je suis arrivée plus en avance que je pensais finalement. C’était vraiment différent de ce que je m’étais imaginé. Même si je n’avais pas imaginé grand chose en fait.

Les derniers du mois l’association accueil les proches des victimes et reçoivent une psychologue. J’ai hésité à m’y rendre car je me suis dit que peut-être que c’était seulement les proches des victimes qui y étaient acceptés. Mais en fait, non. Il y avait seulement les victimes. Et finalement, ce n’est que le jour même que j’ai su que ce jour là il y avait la psychologue. Je ne m’y attendais pas du tout. En plus, elle a fait une thèse sur les femmes victimes d’inceste donc elle connaît bien le sujet.

Elle m’a même dit qu’elle pouvait me recevoir avant le jugement et a insisté sur le fait que je devais être accompagné pour le jugement. Parce que le jugement peur-être aussi un traumatisme. Les gens de l’association sont aussi venus me voir pour me dire qu’ils peuvent voir s’ils peuvent aller au jugement avec moi. ça m’a tellement touché. C’est vraiment gentil de leur part. J’ai été touchée. C’était vraiment inattendu.

J’étais la seule nouvelle. J’ai pleuré. Beaucoup pleuré. Je ne pouvais pas m’en empêcher. Mais j’ai parlé. J’ai dit des choses. ça m’a fait du bien de pouvoir dire à haute voix ce que j’écris ici.

Aussi au début, en entendant les gens, je me suis dit que je n’aurais pas du venir. Parce que c’est tellement éprouvant d’entendre les gens parler de leur vécu. Parce que ça fait miroir avec moi. Je me suis vue en eux. Et j’ai pleuré, pleuré. C’est comme si je redevenais petite fille. Pourtant ça ne s’est passé qu’une fois, sexuellement.

Mais on a parlé aussi d’emprise. L’emprise. L’emprise a duré longtemps, et dure toujours. J’ai toujours peur de lui. Et l’emprise qu’il a sur moi a toujours un effet sur mes relations avec les autres. J’ai une attitude de soumise. Mes collègues me le répètent assez comme ça. Je me suis sentie niée. Je me sens souvent niée. Déjà au travail, je me sens niée par mes collègues, qui abusent. Je trouve qu’ils abusent. Ce n’est que par petit morceaux mais l’accumulation est lourde à supporter.

Et puis, j’ai des difficultés à me positionner et à refuser. Et ça je suis sûre que c’est du à l’emprise que mon cousin a sur moi/ a eu sur moi étant enfant. Il m’a terrorisée et m’a obligé a consentir à prendre part à ses jeux humiliants et injustes.

Plein de choses se sont dîtes pendant cette réunion. J’avais envie de pleurer tellement fort mais je me suis contrôlée. Enfin, j’ai pleuré du début à la fin mais ça aurait pu être pire. Bizarrement quand ça a été fini, je n’ai plus pleuré, j’ai pu regarder les gens en face. Ils m’ont eu l’air normal mais ils ont les mêmes symptômes que moi. En fait, par exemple les troubles du sommeil! j’ai été vraiment étonnée de voir que la façon dont la personne décrivait ses troubles correspondait autant aux miens. Le fait de se dire je vais faire si, je vais faire ça, de passer sa nuit à se voir le faire et y puiser son énergie alors le lendemain, on n’a plus l’énergie de le faire.

L’un d’eux m’a laissé son numéro de téléphone pour si je voulais le contact de la psychologue ou si je voulais que quelqu’un m’accompagne au jugement. C’est gentil. Vraiment gentil. Inattendu.

Après la réunion, ils m’ont proposé d’aller avec eux boire/manger quelque chose. J’ai hésité et accepté. ça m’a fait du bien de parler un peu d’autre chose et de rigoler après ça. Puis ils m’ont donné des conseils. Je me suis sentie soutenue. Je me suis sentie confortée. Et plus forte. Merci.

Dans : Non classé
Par jugement
Le 26 janvier 2016
A 1 h 29 min
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